L’histoire de l’Empire du Ghana (Wagadou), en relisant Kaya Makhan de Senghor

EN RELISANT… LE  DE L.S.SENGHOR

Voici peut-être le poème de Léopold Sédar Senghor, qui nous donne le plaisir esthétique le plus achevé et le plus durable. Et comme cela se passe avec toute oeuvre d’art vraiment transcendante, ce plaisir est à la fois intense et mystérieux. De quoi exactement est-il fait ? C’est le secret du poète, et notre tache va consister à l’approcher, l’apprivoiser et peut-être à en voler quelques uns des éléments constitutifs.

Le poème est tout entier fondé sur une évocation du plus ancien empire africain connu : l’empire du , improprement nommé Empire du Ghana par les voyageurs arabes.
Ce sont ceux-ci en effet. El Békri,  qui ont les premiers rapporté l’existence de cet empire situé à cheval sur la Mauritanie, le Sénégal et le Mali actuel dont l’opulence avait étonné ces voyageurs venus du Nord.
Senghor se souviendra de ces descriptions.

Cet empire avait été constitué par les  vers le début de notre ère. Les Soninké eux-mêmes venaient de l’extrême Est, leurs traditions citent la Palestine et l’Egypte, avant d’arriver dans l’Adrar au cours d’une migration qu’il est impossible de dater. La fondation du Wagadou se fit, d’après leur mythe, avec l’alliance du grand serpent Bida à qui il fallait sacrifier tous les ans une jeune fille vierge. On retrouve une allusion à ce serpent tutélaire au vers 9 du poème.

Ce royaume fut détruit sous les coups successifs des guerres avec d’autres clans soninké voisins (les Touré, les Kanté de Soumaoro), des invasions des Maures islamisés et de la sécheresse. Au XIIème siècle il cède l’hégémonie au Mali avec Soundiata Keïta.
Senghor prend la période de l’apogée de cet empire. Celle où règne la dynastie des Cissé ; le roi avait pour titre Kaya Magan 1

On les appelait aussi les , à ne pas confondre avec la famille esclave des Tounkara. Car c’était une société à castes : princes éligibles, nobles, guerriers, artisans, captifs, paysans.

Et il est vraisemblable que les royaumes à castes du Sénégal ancien et du Mali sont héritiers de cette structure sociale venue elle peut-être.

En tout cas il semble y avoir filiation directe entre les Wagadou, le Galam () et le Tékrour, puis entre le Tékrour et les royaumes wolofs 2. Cependant que le Mali donne une structure analogue au Gabou dont les guélowars fondent les royaumes sérères 3.
Mais le poète choisit dans l’histoire ce qui lui convient, comme le dit si bien Pape Guèye Ndiaye à propos du poème . Et il laisse ce qui ne lui convient pas.

Sa vision du Wagadou est toute entière focalisée sur son roi : le Kaya Magan. Et c’est à partir de ce personnage qu’il évoque les peuples, l’empire, l’histoire, comme une grande fresque dont ce prince est le centre et le coeur.
Ensuite il lui prête sa propre conception, à lui Senghor, du pouvoir, de la responsabilité politique, à cette époque où il est encore député. Ainsi ce Kaya Magan est doublement chargé selon ce que Senghor imagine sur le roi du Wagadou ancien et par la façon dont il se conçoit lui-même futur roi ou président (car l’indépendance est proche) du Sénégal.
Et cette double charge s’enrichit d’une troisième par la référence à peine voilée au pharaon de l’Egypte antique.

Sa vision du Wagadou est toute entière focalisée sur son roi : le Kaya Magan. Et c’est à partir de ce personnage qu’il évoque les peuples, l’empire, l’histoire, comme une grande fresque dont ce prince est le centre et le coeur.
Ensuite il lui prête sa propre conception, à lui Senghor, du pouvoir, de la responsabilité politique, à cette époque où il est encore député. Ainsi ce Kaya Magan est doublement chargé selon ce que Senghor imagine sur le roi du Wagadou ancien et par la façon dont il se conçoit lui-même futur roi ou président (car l’indépendance est proche) du Sénégal.
Et cette double charge s’enrichit d’une troisième par la référence à peine voilée au pharaon de l’Egypte antique.

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